Dimoevethis (aka Meurtre) :
Un pas en avant, puis un autre. Tout doucement. Le profil de ce bâtiment est trop torturé pour en faire davantage, de toutes manières. D'étranges reliefs de pierre bleutés en parcourent l'espace entre les larges fenêtres grillagées. Cela me facilite grandement la tâche, doublant le nombre de prises sur la paroi. Enfin, ces espèces de veines bleutées sont quand même difficile à saisir : elles palpitent.
Mon regard, au terme d'une première ascension, embrasse les pointes qui constituent mon horizon. Un paysage familier, perdu dans la brume et le silence. Trop de silence d'ailleurs. Etrange parent qui conserve ses mots alors que je survole ses plus hautes cimes. Bah, tant pis, le temps des retrouvailles est reporté.
Un pas, puis un autre. Finalement, on accorde beaucoup d'importance aux circonstances. Ce n'est pas un critère essentiellement décisif dans l'accomplissement de certaines situations. Il ne faut pas perdre de vue les motivations, qui me semblent bien plus nécessaires. Par exemple, si je m'étais arrêté pour lire le diagnostic, peut-être n'aurai-je pas eu le courage de l'utiliser après pour frapper cette étrange femme qui m'agitait une seringue sous le nez. Peut-être lui aurai-je demandé tout simplement pourquoi mon lit était noyé d'une substance familière qui se trouvait être du sperme, de la chair fondue et du sang blanchâtre au goût cuivré. Le reste n'aurait pas trouvé son enchaînement logique, à savoir la fuite, la récupération d'une épée qui semblait m'appartenir, la traversée de l'écurie et le bris d'une fenêtre. Bref, tout ça s'organise autour de l'afflux de souvenirs dans mon crâne, arrosé par beaucoup de vomissement. A ce titre, un drôle de sentiment m'a étreint, un peu comme celui d'un malade se réveillant après une opération et tâtant une cicatrice dont il ne connaît pas l'origine : partagé entre le soulagement de se savoir vivant et par là même peut-être en bonne santé et l'angoisse de ne pas savoir si l'ablation était nécessaire et si l'élément retiré était important. Je palpais donc cette blessure dans ma tête, et me demandais quel genre de souvenirs avait été retiré et par qui ? Le pourquoi, à la limite. Etant une entité indépendante, je suppose que cela n'aurait pas de réel incidence sur ma conception de l'univers. Circulaire, évidemment. Comme le temps, que je sentais déjà entreprendre une boucle. Tout ça me revenait, le sang, la mort, le muscle, la tour des Gan'Sairachthis. Il était temps de retourner un peu faire le tour du monde...
Juste temps de m'y remettre, que l'habitude revienne...
Et pour cela, j'avais l'éternité.
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